jeudi 26 mai 2016

Cours de Bible et Ethique


BIBLE ET ETHIQUE 
   POUR LA  NOUVELLE GENERATION    DES LEADERS AFRICAINS




Par
Stephen Nzita di Nzita KIAKU, PhD


Notes de Cours



UNIVERSITE CHRETIENNE INTERNATIONALE
KINSHASA – RDC


@ Tous droits réservés : presses académiques de l’Université  Chrétienne Internationale 14 ème rue Limete industriel n°7









Chapitre I

NE BASEZ PAS VOTRE SAGESSE SUR LES PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES QUI RÉGISSENT LE MONDE MAIS SUR JÉSUS

Veillez à ce que personne ne vous prenne au piège de la recherche d’une « sagesse » qui n’est que tromperie et illusion, qui se fonde sur des traditions tout humaines, sur les principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde, mais non sur le Christ. Car c’est en lui, c’est dans son corps, qu’habite toute la plénitude de ce qui est en Dieu. Et par votre union avec lui, vous êtes pleinement comblés, car il est le chef de toute Autorité et de toute Puissance. (Colossiens 2:8-10 BDS)
 SOYEZ UNE LUMIÈRE
 Les gens qui agissent bien rayonnent de joie. Mais les gens mauvais sont comme une lampe éteinte. (Proverbes 13:9 PDV) Autrefois, certes, vous apparteniez aux ténèbres, mais à présent, par votre union avec le Seigneur, vous appartenez à la lumière. Comportez-vous donc comme des enfants de la lumière – 9car ce que produit la lumière c’est tout ce qui est bon, juste et vrai. (Eph5.8-9)
 CONGRUANCE : ALIGNER CROYANCES, PAROLES ET ACTIONS
 Tu le vois, sa foi et ses actes agissaient ensemble et, grâce à ses actes, sa foi a atteint son plein épanouissement. (Jacques 2:22 BDS) Mais celui qui mange tout en ayant des doutes à ce sujet est déjà condamné, car son attitude ne découle pas de la foi. Or tout ce qui ne découle pas de la foi est péché. (Romains 14:23 BDS)
 ÊTRE RICHE
 Être riches dans tous les domaines : la foi, la parole, la connaissance, le zèle en toutes choses, la transmission de l’amour, la générosité. (2 Corinthiens 8:7 BDS) Rappelez-vous: Semence parcimonieuse, maigre récolte. Semence généreuse, moisson abondante. (2 Corinthiens 9:6 BDS)
SAVOIR CE QUI EST IMPORTANT POUR TOI FIXER DES OBJECTIFS
Dresse-toi des signaux, balise ton parcours, fais bien attention au sentier et au chemin que tu empruntes. (Jérémie 31:21 BDS) Dans un désir irréfléchi, il n’y a rien de bon… (Proverbes 19:2 BDS) (Grandir en amour et en connaissance pour)…que vous puissiez discerner ce qui est important. Ainsi …vous paraîtrez devant christ chargés d’œuvres justes, ce fruit que Jésus-Christ aura produit en vous, à la gloire et à la louange de Dieu. (Philippiens 1:10, 11 BDS)
C’est pourquoi nous prions continuellement notre Dieu pour vous : qu’il vous trouve dignes de l’appel qu’il vous a adressé et que, par sa puissance, il fasse aboutir tous vos désirs de faire le bien et rende parfaite l’œuvre que votre foi vous fait entreprendre. Ainsi le Seigneur Jésus-Christ sera honoré en vous et vous serez honorés en lui; ce sera là un effet de la grâce de notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ. (2 Thessaloniciens 1:11, 12 BDS) Rom 15:20-23
 Paul s'est donné comme objectif d'évangéliser là où personne n'avait encore entendu parlé de Jésus. Il a tiré cet objectif de l'Ecriture. Il a persévéré jusqu'à avoir visité toutes les régions à sa portée. …je n’estime pas avoir saisi le prix. Mais je fais une seule chose : oubliant ce qui est derrière moi, et tendant toute mon énergie vers ce qui est devant moi, je poursuis ma course vers le but… (Philippiens 3:13, 14 BDS)
Car le Seigneur a bien défini notre mission lorsqu’il a dit : Je t’ai établi pour que tu sois la lumière des nations, et pour que tu portes le salut jusqu’au bout du monde. (Actes 13:47 BDS)
 Celui qui travaille sa terre aura du pain en abondance, mais celui qui court après des chimères est dépourvu de sens. (Proverbes 12:11 BDS)
Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, et Dieu, notre Père, nous ont témoigné tant d’amour, et, par grâce, nous ont donné une source éternelle de réconfort et une bonne espérance. Qu’ils vous remplissent de courage et vous accordent la force de pratiquer toujours le bien, en actes et en paroles. (2 Thessaloniciens 2:16, 17 BDS)
Aspirations de l'homme : Mettre de l'ordre, terminer ce qui est commencé, établir une organisation et des responsables. (Je t’ai laissé en Crète pour que tu achèves de mettre en ordre ce qui est resté en suspens, et que tu établisses dans chaque ville des responsables dans l’Eglise en suivant les directives que je t’ai données. Tite 1:5 BDS)
AVOIR DES RITUELS POUR SE RAPPELER DE CE QUI EST IMPORTANT POUR TOI
Marie, elle, conservait le souvenir de toutes ces paroles et y repensait souvent. (Luc 2:19 BDS) Prête l’oreille et écoute les paroles des sages, applique ton cœur à mon enseignement, car tu auras du plaisir à garder ces maximes au fond de ton cœur et à les avoir à la disposition de tes lèvres. Chaque instant, tu les auras à ta disposition. (Proverbes 22:17, 18 BDS)
 Aie soin de répéter sans cesse les paroles de ce livre de la Loi, médite-les jour et nuit afin d’y obéir et d’appliquer tout ce qui y est écrit, car alors tu auras du succès dans tes entreprises, alors tu réussiras. (Josué 1:8 BDS) Car toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser et apprendre à mener une vie conforme à la volonté de Dieu. Ainsi, l’homme de Dieu se trouve parfaitement préparé et équipé pour accomplir toute œuvre bonne. (2 Timothée 3:16, 17 BDS)
COMMENT ÊTRE FIER DE TA JOURNÉE ?
 …placez votre fierté en Jésus-Christ. (Philippiens 1:26 BDS) Voilà pourquoi, grâce à Jésus-Christ, je suis fier de mon travail pour Dieu. (Romains 15:17 BDS)
 Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu; ce n’est pas le fruit d’œuvres que vous auriez accomplies. Personne n’a donc de raison de se vanter. Ce que nous sommes, nous le devons à Dieu; car par notre union avec le Christ, Jésus, Dieu nous a créés pour une vie riche d’œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance afin que nous les accomplissions. (Ephésiens 2:8-10 BDS)
 N’êtes-vous pas, en effet, vous aussi, notre espérance, notre joie et le prix de notre victoire, dont nous serons fiers en présence de notre Seigneur Jésus au jour de sa venue? Oui, c’est vous qui êtes notre fierté et notre joie! (1 Thessaloniciens 2:19, 20 BDS)
Que chacun examine son propre comportement. S’il y découvre quelque aspect louable, alors il pourra en éprouver de la fierté par rapport à lui-même et non par comparaison avec les autres, (Galates 6:4 BDS) …car cet homme ne se donnera aucun répit avant d’avoir réglé cette affaire aujourd’hui. (Ruth 3:18 BDS)
 ACCEPTE LA RESPONSABILITÉ DE CE QUI T'ARRIVE, LE BON COMME MAUVAIS
 Celui qui fait le mal sera pris à ses propres méfaits, il s’embarrasse dans le filet tissé par son propre péché. Il périra parce qu’il n’a pas su se discipliner, il s’égarera enivré par l’excès de sa folie. (Proverbes 5:22, 23 BDS)
Par ses paroles, on peut recueillir du bien en abondance, et l’on reçoit le salaire de ses œuvres. (Proverbes 12:14 BDS)
 Chacun goûtera à satiété les fruits de ses paroles et se rassasiera de ce que ses lèvres ont produit. (Proverbes 18:20 BDS)
 La sottise d’un homme cause son naufrage, alors il s’en prend à l’Eternel. (Proverbes 19:3 BDS)
PASSE À L'ACTION
Gédéon lui répondit : pourquoi tous ses malheurs s'abattent sur nous ?En réalité, l’Eternel nous a abandonnés… L'ange :- Va avec cette force que tu as… N’est-ce pas moi qui t’envoie? (Juges 6:13-14 BDS) Josué dit aux Israélites : Jusqu’à quand négligerez-vous d’entrer en possession du pays que le SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, vous a donné? (Josué 18:3 NBS)
 Le paresseux éprouve des désirs mais n’arrive à rien, alors que les souhaits des gens actifs seront comblés. (Proverbes 13:4 BDS) Manque de persévérance : Le paresseux plonge sa main dans le plat, mais il trouve trop pénible de la ramener à sa bouche. (Proverbes 26:15 BDS)
Parabole des talents : Jésus fait des reproches à celui qui n'a pris aucun risque, qui n'est pas passé à l'action. Direction ou esclavage ? Ceux qui travaillent beaucoup s’assurent la direction des affaires, mais les nonchalants seront réduits à l’esclavage. (Proverbes 12:24 BDS)
 Le bien le plus précieux de l’homme, c’est l’activité. (Proverbes 12:27 BDS)
 Le paresseux dit : « Il y a un lion là-dehors, je risque d’être déchiré en pleine rue! » (Proverbes 22:13 BDS) Ceux qui manigancent le mal font fausse route, mais ceux qui projettent le bien trouvent l’amour véritable, à tout travail il y a du profit, mais le bavardage mène au dénuement. (Proverbes 14:22, 23 BDS)
Qui se relâche dans son travail est frère de celui qui détruit. (Proverbes 18:9 BDS) Tout ce que tu trouves à faire, fais-le avec l’énergie que tu as, car il n’y a plus ni activité, ni réflexion, ni science, ni sagesse dans le séjour des morts vers lequel tu es en route. (Ecclésiaste 9:10 BDS)
 Ne pas trop étudier : Que mon disciple n’y ajoute rien. On peut multiplier les livres sans fin et le corps se fatigue à force d’étude. Ecoutons bien la conclusion de tout ce discours : Sois rempli de respect pour Dieu et obéis à ses commandements, car c’est là l’essentiel pour l’homme. (Ecclésiaste 12:12, 13 BDS)
Quand tu as foiré : Lève-toi, car c’est à toi de régler cette affaire. Mais nous sommes avec toi. Prends courage et agis! (Esdras 10:4 BDS) QUAND ?

 Ezechias agit tout de suite, le premier mois de la première année de son règne (temple réparé en 16 jours…) 2Chr29 Trop d'étude nuit à l'ACTION: à force d'études et de livres, "le corps se fatigue", accompli les œuvres que la sagesse de Dieu te demande de mettre en pratique. Ecc 12.12
FAIRE DES PETITS PAS
 Qui donc méprisait le temps des petits commencements? Ils auraient plutôt dû se réjouir… (Zacharie 4:10 BDS)
APPLIQUER CE QU'ON SAIT DÉJÀ
 – Ce qui est caché est réservé à l’Eternel notre Dieu. Par contre, nous sommes concernés pour toujours par ce qui a été révélé, par toutes les paroles de cette Loi qu’il nous faut appliquer. (Deutéronome 29:28 BDS)
 Enfin, frères, nourrissez vos pensées de tout ce qui est vrai, noble, juste, pur, digne d’amour ou d’approbation, de tout ce qui mérite respect et louange. Ce que vous avez appris et reçu de moi, ce que vous m’avez entendu dire et vu faire, mettez-le en pratique. Alors le Dieu qui donne la paix sera avec vous. (Philippiens 4:8-9 BDS)

CHOISI D'ÊTRE POSITIF, DE REMARQUER CE QUI EST BON
Mais pas naïf ! Il faut reconnaître le positif ET le négatif : Ils guérissent superficiellement mon peuple du désastre en disant : “Tout va bien! Tout va vraiment très bien!” alors que rien ne va. (Jérémie 6:14 BDS) …et que chacun regarde, non ses propres qualités, mais celles des autres. (Philippiens 2:4 BDS)
 …Veillez à ce que personne ne rende le mal pour le mal mais, en toute occasion, recherchez le bien, dans vos rapports mutuels comme envers tous les hommes. …examinez toutes choses, retenez ce qui est bon, et gardez-vous de ce qui est mauvais, sous quelque forme que ce soit. (1 Thessaloniciens 5:14, 15, 21, 22 BDS)
 Faire du bien aux autres, c’est s’en faire à soi-même, mais l’homme cruel creuse son propre malheur. Qui recherche assidûment le bien s’attire la faveur, mais qui poursuit le mal tombera dans les griffes du mal. (Proverbes 11:17, 27 BDS)
 Le mot "bienveillance" signifie relever le bien dans les autres. Mieux vaut ce qu’on a dans la main que tout ce qu’on pourrait désirer par la pensée. (Ecclésiaste 6:9 BDS)
 Ne laissez aucune parole blessante franchir vos lèvres, mais seulement des paroles empreintes de bonté. Qu’elles répondent à un besoin et aident les autres à grandir dans la foi. Ainsi elles feront du bien à ceux qui vous entendent. (Ephésiens 4:29 BDS)
 SOIT ACTEUR DE TA VIE, INTENTIONNEL DANS CE QUE TU FAIS
Car si vous possédez ces qualités, et si elles grandissent sans cesse en vous, elles vous rendront actifs et vous permettront de connaître toujours mieux notre Seigneur Jésus-Christ. (2 Pierre 1:8 BDS)
 Ne vous laissez pas distraire, soyez vigilants...Résistez au diable en demeurant fermes dans votre foi (1 Pierre 5:8, 9 BDS)
 Fuis les passions qui peuvent assaillir un jeune homme. Fais tous tes efforts pour cultiver la foi, l’amour et la paix avec tous ceux qui font appel au Seigneur d’un cœur pur. (2 Timothée 2:22 BDS)
 à mettre un point d’honneur à vivre en paix, à vous occuper de vos propres affaires et à travailler de vos mains, comme nous vous en avons donné l’injonction, afin que vous vous comportiez convenablement envers ceux du dehors et que vous n’ayez besoin de personne. (Première aux Thessaloniciens 4:11-12 NBS)
DÉVELOPPES TA GRATITUDE QUOTIDIENNE
 (Toute la bible en parle !) C’est la bénédiction de l’Eternel qui enrichit, et toute la peine qu’on se donne n’y ajoute rien. (Proverbes 10:22 BDS)
(Si tes biens s'accroissent)…Prends donc garde de ne pas te dire : « C’est par mes propres forces et ma puissance que j’ai acquis toutes ces richesses. » Souviens-toi au contraire que c’est l’Eternel ton Dieu qui te donne la force de parvenir à la prospérité …(Deutéronome 8:17, 18 BDS)
 [L'Eternel est comme] un grand aigle qui pousse sa couvée à prendre son envol, planant sur ses aiglons, puis, étendant ses ailes, il les prends et les porte sur ses ailes. (Deutéronome 32:11 BDS)
 …Agissez ainsi en adressant à Dieu de nombreuses prières de reconnaissance. (Colossiens 2:7 BDS)
 Nous vous y encourageons, frères : avertissez les indisciplinés, réconfortez ceux qui sont abattus, soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Réjouissez-vous toujours, priez continuellement, rendez grâce en toute circonstance : telle est, à votre égard, la volonté de Dieu en Jésus-Christ. (Première aux Thessaloniciens 5:14, 16-18 NBS)
 David 2 Samuel 22) : …grâce à toi, je franchis des murs. …tu me rends fort, tu es mon bouclier …grâce à toi, j’avance plus vite AIME SINCÈREMENT TON PROCHAIN Par votre obéissance à la vérité, vous avez purifié votre être afin d’aimer sincèrement vos frères. (1 Pierre 1:22) Si tu vois l’âne de ton compatriote ou son bœuf tomber sur un chemin, ne t’en désintéresse pas, va aider son propriétaire à relever l’animal. (Deutéronome 22:4 BDS) et il nous a appris quel amour l’Esprit vous inspire. (Colossiens 1:8 BDS) Ainsi donc, encouragez-vous mutuellement et contribuez à la construction de l’autre, comme vous le faites déjà. (Première aux Thessaloniciens 5:11 NBS) Je désire que vous fassiez preuve d’amour envers les autres plutôt que vous m’offriez des sacrifices. (Matthieu 9:13 BDS)
 PROGRESSER EST CE QUI MOTIVE TOUS TES EFFORTS
(et pas la réussite finale) 1 thess 4 utilise les verbes : Encourager Apprendre progresser agir progresser se comporter encourager L’homme intelligent cherche toujours à apprendre, alors que les sots se repaissent de sottises. (Proverbes 15:14 BDS) Comme des enfants de la lumière, efforcez-vous de discerner ce qui plaît au Seigneur. (Ephésiens 5:10 BDS)
 (La foi est un don)… , faites tous vos efforts pour ajouter à votre foi la force de caractère, à la force de caractère la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi l’endurance dans l’épreuve, à l’endurance l’attachement à Dieu, (2 Pierre 1:5, 6 BDS)
Comme des enfants nouveau-nés, désirez ardemment le lait pur de la Parole, afin qu’il vous fasse grandir en vue du salut, (1 Pierre 2:2 BDS)
Prends ces choses à cœur, consacre-toi à elles, afin que tout le monde soit frappé de tes progrès. (1 Timothée 4:13, 15 BDS)
 Celui qui aime la connaissance désire être corrigé, mais celui qui déteste les réprimandes n’est qu’un sot. (Proverbes 12:1 BDS)
 L’ insensé pense toujours qu’il fait bien, mais le sage écoute les avis des autres. (Proverbes 12:15 BDS)
 Que chacun examine son propre comportement. S’il y découvre quelque aspect louable, alors il pourra en éprouver de la fierté par rapport à lui-même et non par comparaison avec les autres, (Galates 6:4 BDS)
 …Nous demandons à Dieu qu’il vous fasse connaître pleinement sa volonté, en vous donnant, par le Saint-Esprit, une entière sagesse et un parfait discernement. Ainsi vous pourrez avoir une conduite digne du Seigneur et qui lui plaise à tous égards. Car vous porterez comme fruit toutes sortes d’œuvres bonnes et vous ferez des progrès dans la connaissance de Dieu. (Colossiens 1:9, 10 BDS)
 Ils refusent de s’attacher au Christ, qui est le chef, la tête. C’est de lui que le corps tout entier tire sa croissance comme Dieu le veut, grâce à la cohésion et à l’unité que lui apportent les articulations et les ligaments. (Colossiens 2:19 BDS)
 « Si, déjà, tu t’épuises à courir avec des piétons, comment donc tiendras-tu en courant avec des chevaux? S’il te faut un pays tranquille pour ta sécurité, qu’adviendra-t-il de toi lorsque tu feras face à la crue du Jourdain? (Jérémie 12:5 BDS)
 Ou alors, méprises-tu les trésors de bonté, de patience et de générosité déployés par Dieu, sans te rendre compte que sa bonté veut t’amener à changer? (Romains 2:4 BDS)
Construisez des maisons et installez-vous y, plantez des jardins et mangez-en les fruits, Recherchez la prospérité de la ville où je vous ai déportés et priez l’Eternel en sa faveur, car de sa prospérité dépend la vôtre. (Jérémie 29:5, 7 BDS)
Soyez dans la joie. Travaillez à votre perfectionnement. Encouragez-vous mutuellement. Soyez d’accord entre vous. Vivez dans la paix. Alors le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. (2 Corinthiens 13:11 BDS)
 Jésus grandissait et progressait en sagesse, et il se rendait toujours plus agréable à Dieu et aux hommes. (Luc 2:52 BDS)
 En effet, après tout ce temps, vous devriez être des maîtres dans les choses de Dieu; or vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne les rudiments des paroles de Dieu. (Hébreux 5:12 BDS)
 Faites-vous des pistes droites pour votre course, afin que le pied qui boite ne se démette pas complètement, mais qu’il guérisse plutôt. Faites tous vos efforts pour être en paix avec tout le monde et pour mener une vie de plus en plus sainte, sans laquelle nul ne verra le Seigneur. (Hébreux 12:13-14 BDS)
 APPRENDRE LA LEÇON OU LE CADEAU DES CIRCONSTANCES
…et tous les hommes sont pris de crainte et ils proclament l’œuvre de Dieu en tirant la leçon de ses actions. (Psaumes 64:10 BDS)
 Mes frères, quand vous passez par toutes sortes d’épreuves, considérez-vous comme heureux. (Jacques 1:2 BDS) L’Eternel a tout fait pour un but, même le méchant pour le jour du malheur. (Proverbes 16:4 BDS)
 L’homme projette de suivre tel chemin, et Dieu dirige ses pas. (Proverbes 16:9 BDS) Un bon moral permet de supporter la maladie, mais si le moral est abattu, qui le relèvera? (Proverbes 18:14 BDS) Si tu te laisses abattre au jour de l’adversité, ta force est bien peu de chose. (Proverbes 24:10 BDS) …car même si le juste tombe sept fois, il se relèvera, alors que les méchants s’effondrent dans le malheur. (Proverbes 24:16 BDS)
 ACCEPTE LES CRITIQUES
Chercher à en tirer parti au lieu de les rejeter : Ecoute les conseils et accepte les critiques et, finalement, tu deviendras sage. (Proverbes 19:20 BDS)
 Toutes les querelles proviennent de l’orgueil, mais ceux qui sont sages acceptent les conseils. (Proverbes 13:10 BDS)
Celui qui ne veut pas se laisser corriger tombera dans la misère et la honte, mais celui qui accepte les critiques sera honoré. (Proverbes 13:18 BDS) Celui qui déteste être repris périra. (Proverbes 15:10 BDS)
 Qui refuse d’être repris se méprise lui-même, mais qui écoute les avertissements acquiert du bon sens. (Proverbes 15:32 BDS)
 La raison de l’homme lui fait retenir sa colère, et sa gloire c’est de passer par-dessus l’offense. (Proverbes 19:11 BDS)
 SOIT VRAI ET HONNÊTE
 Rejetez donc toutes les formes de méchanceté et de ruse, l’hypocrisie, la jalousie, et toute médisance. (1 Pierre 2:1 BDS)
LA LOI BIBLIQUE DE L'ATTRACTION
 Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l’injure pour l’injure. Répondez au contraire par la bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de recevoir vous-mêmes la bénédiction. (1 Pierre 3:9 BDS) – Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes. (Matthieu 7:12 BDS)
FRÉQUENTE DES GENS QUI ONT RÉUSSI CE QUE TU AIMERAIS FAIRE
Prend garde aux 6 personnes les plus proches de toi au quotidien, car tu deviens une moyenne de ses 6 personnes là : Qui fréquente les sages deviendra sage, mais celui qui fraie avec les insensés va au devant du malheur. (Proverbes 13:20 BDS)
Eloigne-toi de l’insensé, car il n’a aucun savoir à te communiquer. (Proverbes 14:7 BDS) Ne te lie pas d’amitié avec un homme coléreux et ne fréquente pas celui qui s’emporte pour un rien de peur d’acquérir le même comportement et de mettre ta vie en péril. (Proverbes 22:24, 25 BDS)
 Deut 20:8 nous apprend qu'il faut retirer de l'équipe ceux qui ont peur du challenge, car ils vont démoraliser tous les autres.
 NE TE PLAINT JAMAIS
Dis-leur : « Aussi vrai que je suis vivant, parole de l’Eternel, je vous traiterai selon les plaintes que vous m’avez exprimées : (Nombres 14:28 BDS)
 Exercez l’hospitalité les uns envers les autres, sans vous plaindre. (1 Pierre 4:9 BDS) Enfin, ne nous plaignons pas, comme certains parmi eux l’ont fait, et l’ange de la mort les a détruits. (Première lettre aux Corinthiens 10:10 PDV)
 Faites tout sans vous plaindre et sans discuter, (Philippiens 2:14 BDS)
 …j’ai appris en toutes circonstances à être content avec ce que j’ai. Je sais vivre dans le dénuement, je sais aussi vivre dans l’abondance. C’est le secret que j’ai appris : m’accommoder à toutes les situations et toutes les circonstances…Je peux tout, grâce à celui qui me fortifie. (Philippiens 4:11-13 BDS) Or, il n’est pas convenable pour un serviteur du Seigneur d’avoir des querelles. Qu’il se montre au contraire aimable envers tout le monde, capable d’enseigner, et de supporter les difficultés. (2 Timothée 2:24 BDS)
 APPORTE DE LA VALEUR AUX AUTRES SELON TES CAPACITÉS
Chacun de vous a reçu de Dieu un don particulier : qu’il le mette au service des autres comme un bon gérant de la grâce infiniment variée de Dieu. (1 Pierre 4:10 BDS)
 Luc 19:11 vous DEVEZ faire fructifier vos talents ! Tel, qui donne libéralement, devient plus riche; Et tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. (Proverbes 11:24 LSG) La tromperie imprègne le cœur des artisans du mal, mais la joie est pour ceux qui donnent des conseils visant à la paix. (Proverbes 12:20 BDS)
 Faisons le bien sans nous laisser gagner par le découragement. Car si nous ne relâchons pas nos efforts, nous récolterons au bon moment. Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, faisons du bien à tout le monde, et en premier lieu à ceux qui appartiennent à la famille des croyants. (Galates 6:9, 10 BDS)
Ne laissez aucune parole blessante franchir vos lèvres, mais seulement des paroles empreintes de bonté. Qu’elles répondent à un besoin et aident les autres à grandir dans la foi. Ainsi elles feront du bien à ceux qui vous entendent. (Ephésiens 4:29 BDS)
 un concept très simple pour guider ma relation avec les clients : Aime ton prochain comme toi-même (Lév. 19 :18) Soyez honnêtes avec vos clients : Vous aurez une balance honnête et des poids justes (Lév. 19:36) Même si ils ne voient pas la différence : Ne placez pas d’obstacle devant un aveugle (Lév. 19:14) Ainsi donc, encouragez-vous mutuellement et contribuez à la construction de l’autre, comme vous le faites déjà.
 CHANGE SE QUI OCCUPE TES PENSÉES
Mes chers amis, voici déjà la deuxième lettre que je vous écris; dans l’une comme dans l’autre, je cherche à stimuler en vous une saine manière de penser en vous rappelant l’enseignement que vous avez reçu. (2 Pierre 3:1 BDS) Enfin, frères, nourrissez vos pensées de tout ce qui est vrai, noble, juste, pur, digne d’amour ou d’approbation, de tout ce qui mérite respect et louange. (Philippiens 4:8 BDS)
 C’est pourquoi, mes frères, vous qui appartenez à Dieu et qu’il a appelés à avoir part aux biens célestes, fixez vos pensées sur Jésus, le messager et grand-prêtre de la foi que nous reconnaissons comme vraie. (Hébreux 3:1 BDS)
 Lien entre les PENSÉES et les ACTES: Si mes pensées sont salies, bien que je dise connaitre Dieu, je suis disqualifié pour toute œuvres bonnes. (Tite 1.15-16)
 MÉTHODE POUR PRENDRE LES BONNES DÉCISIONS RAPIDEMENT
Développer sa capacité à prendre des bonnes décisions rapidement, en imaginant le résultat à Long terme : Les paroles de la femme adultère distillent des paroles mielleuses, et sa langue est plus onctueuse que l’huile, mais la fin qu’elle te prépare est amère comme l’absinthe, cruelle comme une épée à deux tranchants. Ses pieds se précipitent vers la mort : ses pas aboutissent au séjour des morts. (Proverbes 5:3-5 BDS) Mieux vaut se rendre dans une maison de deuil que dans celle où l’on festoie, car celle-là nous rappelle quelle est la fin de tout homme et il est bon d’y réfléchir pendant qu’on est en vie. (Ecclésiaste 7:2 BDS) Zachee : Ne pas se plaindre, faire tout ce qui est en notre pouvoir, s'impliquer pour l'objectif qu'on s'est fixé.
VOIR L'OPPORTUNITE DE DIEU, PAS LES DIFFICULTES HUMAINES
 Alors Caleb essaya de faire taire le peuple qui commençait à s’en prendre à Moïse. Il lui dit : – Allons y, faisons la conquête de ce pays, car nous en sommes vraiment capables. Mais les hommes qui l’avaient accompagné disaient : – Nous ne sommes pas en mesure d’attaquer ce peuple, car il est plus fort que nous. (Nombres 13:30, 31 BDS)
 COMPTEZ SUR LA GRÂCE DIVINE
 Manquez-vous à ce point d’intelligence? Après avoir commencé par l’Esprit de Dieu, est-ce en comptant sur vos propres ressources que vous allez parvenir à la perfection? (Galates 3:3 BDS)
 TRAVAILLE TA COMMUNICATION POUR ATTEINDRE TES OBJECTIFS
 Celui qui demande conseil réalise ses projets. Si tu pars à la guerre, calcule bien ton affaire. (Proverbes 20:18 PDV) Les cadeaux ouvrent les chemins et font arriver jusqu’en présence des gens importants. (Proverbes 18:16 BDS)
 L’homme qui sait écouter aura toujours le droit de parler. (Proverbes 21:28 BDS) …brillez comme des flambeaux dans le monde, en portant la Parole de vie. (Philippiens 2:15, 16 BDS)
 INTÉRESSE TOI AUX AUTRES
Regardez dans l’eau : vous verrez votre propre visage s’y réfléchir. Sondez le cœur d’un homme : vous verrez s’y réfléchir votre propre cœur. (Proverbes 27:19 BDS)
L’homme s’affine au contact de son prochain tout comme le fer se polit par le fer. (Proverbes 27:17 BDS)
CHOISI LA JOIE, CHOISI D'ÊTRE HEUREUX EN TOUTES CIRCONSTANCES :
Vous aussi, de la même manière, réjouissez-vous, et réjouissez-vous avec moi. (Philippiens 2:18 BDS) Réjouissez-vous en tout temps de tout ce que le Seigneur est pour vous. Oui, je le répète, soyez dans la joie. (Philippiens 4:4 BDS)
AVOIR LA FOI
 Aie foi en Dieu et foi en celui qu'il a qualifié pour plein d'œuvres  bonnes ! Telle est l’assurance que nous avons par le Christ, devant Dieu. Cela ne veut pas dire que nous puissions nous considérer par nous-mêmes à la hauteur d’une telle tâche; au contraire, notre capacité vient de Dieu. (2 Corinthiens 3:4-5 BDS)
 ÊTRE FERME, ENDURANT, TENACE
 … que le serviteur du Seigneur se montre au contraire aimable envers tout le monde, capable d’enseigner, et de supporter les difficultés. (2 Timothée 2:24 BDS)
CÉLÈBRE TOUTES LES VICTOIRES
David pleure Absalom au lieu de célébrer la victoire On vint dire à Joab: – Voici que le roi pleure et mène deuil sur Absalom. Et ce jour-là, au lieu de chanter la victoire, tout le peuple mena le deuil, car il avait entendu dire que le roi était accablé de douleur à cause de la mort de son fils. (2 Samuel 19:2-3 BDS) Qui donc méprisait le temps des petits commencements? Ils auraient plutôt dû se réjouir… (Zacharie 4:10 BDS)
 TRAVAILLE TON ÉTAT D'ESPRIT
Rejetez loin de vous tous les péchés que vous avez commis contre moi. Faites-vous un cœur nouveau et un état d’esprit nouveau, car pourquoi faudrait-il que vous mouriez, gens d’Israël? (Ezéchiel 18:31 BDS) Ne parle pas DE tes problèmes, parle A tes problèmes ("dis à ta montagne"). La parole est puissante.



Chapitre II

L’ESSENTIEL DE LA FOI RÉFORMÉE
En Afrique, beaucoup ne comprennent pas réellement le terme «réformé» qui exprime, pour eux, une différence par rapport aux traditions protestantes; mais, dans les pays occidentaux, le terme «réformé» a un sens qui dépasse les dénominations protestantes.
Ce terme «réformé» (ou calviniste) désigne particulièrement une attitude envers la foi et la vie, et une approche spéciale de la vie religieuse. C’est ainsi que nous ne pouvons pas dire simplement que Jean Calvin est un des réformateurs du XVIe siècle, un de ceux qui ont laissé un héritage sur la valeur de la vie humaine dans l’histoire de l’humanité. Voilà pourquoi tant de gens, encore aujourd’hui, partout dans le monde, continuent de pratiquer le mode de vie hérité de la Réforme.
Réfléchir sur la particularité de la foi réformée est, pour nous, une invitation essentielle à déterminer la raison que nous avons d’être chrétiens.
1. La foi réformée rend  gloire à Dieu et à sa souveraineté par l’obéissance
Les croyants réformés sont convaincus que, pour être authentiques dans la profession de la foi chrétienne, il leur faut rendre gloire à Dieu dans tous les aspects de la vie. Cette attitude les différencie des autres traditions protestantes.
Il est, certes, évident que tous les chrétiens sont appelés à obéir à la volonté de Dieu et à lui rendre gloire. Mais ce qui caractérise particulièrement le fait d’être «réformé», c’est l’application de la foi réformée à la vie quotidienne comme étant une priorité suprême.
Calvin a ainsi laissé un héritage incontournable pour la foi chrétienne. Il faut rappeler, tout d’abord, que la vie chrétienne en Europe a été liée à la foi de l’Eglise catholique romaine. Or, la théologie catholique n’était pas très éloignée de la philosophie grecque, puisque Thomas d’Aquin a bâti une théologie en se référant à celle-ci.
 La philosophie d’Aristote cherche la réponse à la question de savoir comment atteindre le bonheur ultime dans la vie humaine. Qu’est-ce que la vie philosophique? Il s’agit de chercher la vérité de l’existence humaine.
 Selon les philosophes, l’ultime bonheur de la vie de l’homme est le fruit de sa quête de la vérité absolue.
 La «première philosophie» recherche la cause première de l’existence, l’Etre ou Dieu. Pour Aristote, Dieu n’est pas une personne, comme nous le concevons, mais un dieu qui est derrière l’existence. C’est pourquoi Thomas d’Aquin a considéré la théologie comme «première philosophie» et, ayant trouvé son ultime bonheur dans la recherche de Dieu, il a choisi son point de départ dans l’existence de Dieu comme dans la philosophie grecque. Pour lui, connaître Dieu, c’est contempler Dieu et la vie contemplative est un moyen.
A cette époque, à la fin du Moyen Age, le contexte social était menaçant à cause de la guerre, de la peste, des catastrophes naturelles et de la famine. Les vols et les meurtres étaient fréquents et l’invasion turque était une menace grandissante. Au sein de cette situation critique, les gens étaient angoissés par la question du salut. Et cela d’autant plus à cause du schisme du siège pontifical. Des courants de pensée sur l’imminence de la fin des temps se répandaient parmi les habitants. On avait peur du jugement dernier au point que l’Eglise a instauré le système des indulgences afin de rassurer les gens sur leur sort final.

D’une façon générale, on était tourmenté par la question: comment être sauvé? Les gens étaient tellement terrifiés dans cette société en crise que l’indulgence a été légitimée par l’Eglise romaine. Cette pratique a jeté de l’huile sur le feu et, de ce fait, la Réforme est devenue inévitable.
C’est, dans ce contexte, que Calvin a souligné l’importance de l’obéissance et de la soumission à la volonté de Dieu. Autrement dit, à la suite de Luther, il a renouvelé la foi chrétienne par la pratique de la foi personnelle en Dieu, mettant en garde contre la recherche d’une connaissance abstraite de Dieu en soi. Il a donc introduit une transformation dans la façon de concevoir la foi chrétienne: de la théorie à la pratique, de la vie anthropocentrique à la vie christocentrique. C’est la raison pour laquelle nous qualifions sa théologie de «théologie théocentrique».
C’est ainsi que l’identité de la foi réformée s’est affichée; son but est de rendre gloire à Dieu et de se soumettre au Seigneur dans tous les aspects de la vie.
La compréhension de la justification par la foi a permis à Luther de changer radicalement son expérience de la foi en Dieu. Luther, un moine catholique de la fin du Moyen Age, a été profondément troublé par la question du salut. Il a compris que même si quelqu’un mène une vie de piété et d’ascétisme, il ne peut pas vivre étant assuré d’être en paix et sauvé. Un jour, il a découvert, par la lecture de l’épître aux Romains, que «l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi».
En conséquence, la théologie de Luther a été dominée par cette découverte fondamentale, la justification par la foi, tandis que celle de Calvin a correspondu à une vision plus globale centrée sur la souveraineté de Dieu.
L’Eglise catholique romaine s’est attaquée à Calvin à cause de ses premiers écrits et l’a poursuivi. Calvin a dû quitter son pays natal et a rencontré, à Genève, Farel, un des réformateurs, qui a été touché par ses œuvres écrites et qui lui a demandé, à plusieurs reprises,  de collaborer avec lui. Calvin, un être discret, réservé et aimant la vie sans bruit, a refusé avec persévérance. Ses refus répétés malgré la sollicitation ardente de Farel ont mis celui-ci en colère au point d’en arriver à maudire Calvin. Calvin perçoit la voix de Dieu dans celle, si violente, de Farel. Il expérimente alors une force divine qui conduit sa vie et qui le pousse à accepter ce que, humainement parlant, il ne voulait pas. Calvin est donc resté à Genève et a consacré son existence à la Réformation. Sa vie personnelle a été totalement transformée.  Nous comprenons pourquoi un des principes de sa théologie est l’obéissance à la souveraineté de Dieu. C’est ce qui différencie la théologie de Luther et celle de Calvin. Ce dernier est le modèle de quelqu’un que Dieu a dompté.
Calvin avait une si mauvaise santé qu’on le surnommait l’«hôpital ambulant». Il souffrait de fortes migraines. Un jour, alors qu’il était en pleine crise, il s’écria: «Seigneur, tu broies ma tête dans une meule.» Puis il a ajouté: «Mais si c’est ta main qui me broie, cela me suffit pour l’accepter.» Il a souhaité que son nom ne soit pas écrit sur sa tombe. L’important pour lui n’était pas que son nom soit connu des hommes; bien plus importants étaient, à ses yeux, le nom du Christ et la gloire de Dieu.


2. La foi réformée est fondée sur l’Ecriture
 On discerne ici la différence entre l’Eglise réformée et les autres Eglises de la Réforme, par exemple celle de Luther. Le centre de la théologie de Luther est la justification par la grâce et le salut par la foi. Par la mort de Jésus-Christ sur la croix, nous recevons le salut comme un don gratuit; c’est là une théologie de la croix et la christologie y a une place centrale.
 Autrement dit, la Réformation de Luther met l’accent sur la correction de l’erreur consistant à croire que l’observation de la Loi permet d’atteindre le salut. A la différence, la Réformation de Calvin a mis en évidence un sens global de la justification par la foi dans le cadre de la doctrine de Dieu et de la christologie. Elle dénonce non seulement les mérites, mais aussi toute idée faisant obstacle à l’application du message de toute l’Ecriture. L’Ecriture est la vérité et toute vie chrétienne se doit d’être soumise à son autorité.
Ainsi l’Eglise doit être réformée (reformata), mais elle est aussi appelée à continuer de se réformer (semper reformanda) de façon authentique.
3. L’identité et l’authenticité de la foi réformée
Une des spécificités de la foi réformée est sa manière de voir les chrétiens comme des serviteurs de Dieu, des membres de l’armée du Christ et des instruments destinés à magnifier  la gloire de Dieu. Cette prise de conscience suscite, chez chaque croyant, un sentiment de responsabilité vis-à-vis du monde. Les trois éléments de l’identité réformée, être serviteur de Dieu, être membre de l’armée du Christ et être un instrument pour la  gloire de Dieu, ont incité les calvinistes à renforcer leur engagement dans la manifestation de l’Evangile dans la société.
Si un chrétien n’éprouve pas de responsabilité vis-à-vis de la société et du monde, il ne peut pas être un vrai réformé; celui-ci est incapable de ne pas se soucier de la justice et de la vérité dans la société.
4. La priorité conférée à l’éthique chrétienne
Un croyant réformé n’est pas seulement très attaché à la foi personnelle en Jésus-Christ. Il a, en plus, le souci d’une éthique biblique, de la mise en pratique de la Loi dans la vie chrétienne.
On peut discerner ici une différence avec la théologie luthérienne. Calvin, ne se contentant pas de la justification par la foi et de la grâce de Dieu, développe, de façon précise, le rapport entre les deux grâces complémentaires que sont la justification et la sanctification. Trop accentuer le salut par la foi peut entraîner l’erreur suivante: «Nous avons la foi, donc peu importent nos actions, elles ne concernent pas le salut.» Cette attitude risque de conduire à mettre de côté l’application de la Loi dans la vie chrétienne.
Il est clair que nous ne serons pas sauvés par notre sanctification. Notre salut dépend uniquement de la grâce et du don de Dieu. Mais nous ne pouvons pas éluder la réalité de la sanctification et des fruits qu’elle produit, en étant profondément reconnaissants à cause de notre salut et de la foi, qui est un don de Dieu. La sanctification n’est rien d’autre que la manifestation de la gratitude que suscite en nous le don gratuit du salut. Celui-ci produit, naturellement, une vie sanctifiée et une soumission à la volonté de Dieu.

Ce n’est pas pour obtenir le salut que nous sommes appelés à rechercher la sanctification dans notre vie. Nous sommes amenés à mettre en pratique la Loi divine et à œuvrer pour la justice, l’ordre et l’équilibre dans la société.
La foi réformée, mue par la conviction de l’importance de l’éducation et de l’enseignement, a favorisé, là où elle s’est enracinée, l’ouverture d’écoles. Les chrétiens conscients que leur vocation est de glorifier Dieu se sont appliqués de toute leur force, avec leurs dons et leur intelligence, à développer l’éducation et l’enseignement.
5. L’Ecriture tient une place centrale
La foi réformée est essentiellement basée sur l’Ecriture et accorde une grande importance à la prédication et au culte. Dans l’histoire de la Réforme, ce sont les pasteurs de l’Eglise réformée qui ont le plus contribué au développement et à l’évolution de la prédication. Dieu a permis d’établir l’Eglise et il a appelé des serviteurs à exercer ce ministère de la Parole, afin d’enseigner quels sont le fondement et l’orientation de la vie chrétienne. Nous avons à poursuivre cette entreprise. Une Eglise réformée se caractérise par un souci particulier et permanent d’écouter la Parole de Dieu, ce qui n’est pas acquis une fois pour toutes.
6. La foi réformée et la vie communautaire
Tous ceux qui ont contribué à marquer l’histoire du christianisme ont mis l’accent sur larecherche de la piété dans la vie chrétienne. Calvin a, certes, exhorté à la piété chrétienne dans la vie personnelle, mais il a aussi, et tout particulièrement, exhorté à la manifester dans la vie communautaire. Cette piété consiste à investir son énergie existentielle en tant  que serviteurs de Dieu soucieux d’annoncer son Royaume dans le monde.
Autrement dit, selon le principe d’un bon gestionnaire, nous sommes invités à vivre sur la base du minimum vital et à ne pas gaspiller nos ressources pour des choses superflues. Nous avons à utiliser toute notre énergie à annoncer le Royaume de Dieu. Autrement dit, toutes nos ressources humaines, notre temps, notre argent, notre santé, notre intelligence, notre sensibilité et notre volonté sont mobilisés afin de pratiquer l’amour du prochain et d’obéir à la volonté de Dieu. Etre un bon gestionnaire, c’est utiliser ses capacités à accomplir la vocation, qui est la nôtre, de vivre en chrétiens.
7. La foi réformée dans sa simplicité
Les chrétiens réformés recherchent la simplicité dans tous les domaines: la théologie, le culte, la construction de l’église, la structure ecclésiale et la doctrine. Cette simplicité s’exprime par la vérité et la fidélité dont témoignent paroles et actes. Elle ne comporte ni opacité, ni compromission et, en cela, la foi réformée est intransigeante et rigoureuse.
La simplicité se démarque de l’hypocrisie, des abus et du gaspillage. Cette attitude est à l’opposé d’une théologie qui trahit la vérité de l’Ecriture par la langue de bois et une érudition qui s’écarte du vrai. Elle récuse les rites superficiels, la consommation au-delà de ce qui est nécessaire, car tout cela contredit l’esprit réformé.

FOI  ET POLITIQUE
 La foi chrétienne a-t-elle un rôle à jouer et les églises ont-elles à intervenir dans le domaine politique ? Depuis toujours, mais surtout là où la démocratie l’a emporté, cette question soulève disputes, polémiques et affrontements. Aussi bien leurs fidèles que ceux qui se situent en dehors d’elles ont des réactions souvent très vives quand les églises prennent position publiquement. On leur reproche de s’occuper de ce qui ne les regarde pas, de vouloir régenter la société et de ne pas respecter la laïcité. On les accuse de se détourner de leur mission propre d’annoncer l’évangile, de prendre des attitudes partisanes et de mélanger indûment le temporel et le spirituel. À l’inverse, quand elles restent neutres et se taisent, on les taxe de lâcheté et de complicité, on estime qu’elles trahissent leur mission en ne réagissant pas contre ce qui va mal. On dénonce leur silence devant les injustices, les dictatures, les persécutions, les exclusions ; on n’accepte pas qu’elles restent passives devant ce que notre monde a d’inhumain.
Pour réfléchir à ce problème controversé, nous examinerons successivement trois questions. La première portera sur l’évangile, sur le message ou l’enseignement chrétien : en quoi consiste-t-il exactement ? Concerne-t-il ou non le social et le politique ? En deuxième lieu, nous nous demanderons s’il y a une spécificité politique du chrétien ; sa foi le distingue-t-il des autres citoyens ? Ses convictions ont-elles des incidences sur ses actions et positions civiques ? Enfin, nous nous interrogerons sur les églises et sur leur rôle : doivent-elles prendre part aux débats publics, s’exprimer sur les affaires de la cité, et, si oui, en quel sens ?
 L’ESSENCE DE LA FOI CHRÉTIENNE
De quoi parle l’évangile ? Quel est son objet ? Quel contenu précis a le message ou l’enseignement chrétien ? À cette question, on a proposé principalement deux réponses. En protestantisme, la première, de type piétiste, appartient plutôt à la tradition luthérienne, même si tous les luthériens ne l’approuvent pas et si on la trouve ailleurs que chez eux. La deuxième, qui a donné le christianisme social, est plutôt réformée, même si les réformés n’en ont pas le monopole et si on rencontre parmi eux des options très différentes.
SOLA GRATIA
Pour la première réponse, l’évangile s’intéresse principalement, presque uniquement, à la relation de Dieu avec chaque être, avec chaque individu humain. Elle juge tout le reste secondaire, accessoire, insignifiant. La question du salut personnel a, plus que tout autre, tourmenté Luther ; elle a, en grande partie, déterminé son action et sa réflexion. Il y répond par une insistance sur la grâce et sur la foi, tellement forte que parfois elle éclipse tout le reste. La grâce signifie que Dieu me sauve malgré mon insuffisance et mon indignité ; il le fait à cause de ce qu’il est et non à cause de mes qualités ou de mes actions. Il me donne le salut, il m’en fait cadeau sans rien me demander en échange. La foi veut dire que je reçois ce salut comme un don immérité ; je renonce à valoir quelque chose devant Dieu par mes œuvres ; je fais confiance entièrement et seulement à Dieu. Ce lien particulier qui se noue entre Dieu et le croyant, voilà le cœur et la substance du christianisme. Il ne concerne pas vraiment la société, son organisation et son fonctionnement. Un grand théologien luthérien du début du vingtième siècle, que le pape actuel Benoît XVI cite souvent pour le critiquer, Adolf Harnack, pourtant ouvert aux questions sociales, résume l’évangile dans ces deux mots : Dieu et l’âme.
Cette insistance favorise une spiritualité de l’intériorité, assez indifférente aux problèmes de la Cité. Ils ne relèvent pas de l’évangile, mais de la loi, de la technique, de l’intelligence, de logiques et de procédures communes aux croyants et aux non-croyants. Le spirituel et le temporel forment deux univers distincts, deux « royaumes » séparés, sans grand rapport l’un avec l’autre. On ne demande nullement au chrétien se retirer du monde ; il s’en occupe ; toutefois, l’évangile n’a pas grand-chose à lui dire dans ce domaine. Ses engagements sont commandés par des principes laïcs, par la raison et l’analyse et non par la foi. Ainsi un magistrat chrétien quand il rend ses jugements, un gouvernement chrétien quand il prend des décisions, un industriel chrétien quand il dirige son entreprise, un citoyen chrétien quand il vote le font à partir de critères qui ne doivent rien à l’évangile ; ils ne se distinguent en rien dans ces activités de non chrétiens honnêtes et vertueux. « Ce qui est chrétien, écrit Luther, ne se situe pas dans le comportement extérieur, mais dans l’état intérieur ».
Cette dissociation de la spiritualité et de la pratique sociale a donné lieu à des dérives fâcheuses, voire monstrueuses. Ainsi, dans les années 30 en Allemagne, elle a poussé de nombreux chrétiens à pactiser avec le nazisme et à refuser qu’on lui résiste au nom de l’évangile. Pour eux, la spiritualité n’avait rien à voir avec la politique. Soulignons, cependant, que de telles conséquences ne se produisent pas toujours ni forcément, et qu’après la deuxième guerre mondiale, les partisans de cette première réponse ont eu le souci de mettre en place des verrous pour les interdire.
LE ROYAUME
Pour la deuxième réponse, au cœur du message évangélique, se trouve plus la proclamation du Royaume de Dieu que l’annonce du salut gratuit. Elle estime réglée, résolue, dépassée la question du salut. Au lieu d’en faire le centre et la substance de la foi, on a tendance, ici, à la considérer comme la porte d’entrée, le vestibule ou l’antichambre de la vie chrétienne (pour reprendre des expressions de John Wesley). Le salut est le point de départ à partir duquel on avance, le fondement sur lequel on bâtit. Il se situe dans le passé, Dieu l’a opéré en Jésus-Christ. Il n’y a plus à s’en inquiéter ni à y revenir. Jésus nous a sauvé, c’est fait. Il s’agit maintenant qu’il devienne notre seigneur, celui qui dirige notre vie et d’établir sa seigneurie dans le monde, de le faire « roi », selon un slogan courant dans le christianisme social et dans les mouvements de jeunesses protestants au début du vingtième siècle. Le croyant, se préoccupe de l’obéissance, tant individuelle que sociale, à la volonté de Dieu. À une piété trop intime, à une religion qui donne la priorité à l’intériorité et à la liturgie, à une foi qui se cantonne dans le privé, le fondateur des églises réformées, le zurichois Zwingli oppose une formule pittoresque : « rendre un culte à Dieu, dit-il, ce n’est pas péter entre quatre murs » ; non, c’est aller dans les rues et y agir. La spiritualité a donc une dimension nécessairement publique et politique. L’évangile ne se réduit pas à « Dieu et l’âme » ; il concerne aussi, peut-être surtout, ce monde où il faut manifester concrètement la souveraineté de Dieu ou du Christ.
Cette seconde réponse l’a emporté chez les réformés. S’ils ont eu et ont toujours des comportements politiques divers, voire opposés, en général ils les veulent dépendants de leur foi et de leur compréhension de l’évangile. Certains ont soutenu la monarchie, le statu quo social, voire, en Afrique du Sud, l’apartheid, parce qu’ils les jugeaient conformes à la volonté divine. À l’inverse, d’autres ont lutté contre toute discrimination raciale, ont combattu l’esclavage et ont été à l‘origine du socialisme chrétien parce qu’ils estimaient ainsi obéir à la volonté de Dieu. Pour eux, l’engagement politique, qu’il soit conservateur, réformiste ou révolutionnaire, a en principe, des motivations religieuses, alors que chez ceux qui se rattachent à la première option, il ne doit pas en avoir. On voit bien les dangers de cette seconde position : elle risque de conduire à un totalitarisme religieux. La cité calviniste de Genève ressemble sur bien des points aux républiques islamiques contemporaines et on peut se demander si l’impérialisme qu’on reproche aux américains ne s’en inspire pas en partie. Toutefois, là aussi, comme dans le cas précédent, il faut souligner que cette dérive n’a rien d’automatique et qu’on a prévu des garde-fous pour s’en préserver.
LE DÉBAT
Voilà donc ces deux manières de comprendre le cœur de l’évangile et l’essence de la vie chrétienne. Bien entendu, chez la plupart des protestants les deux thèses se combinent, se mitigent et il n’y a pas entre elles une coupure tranchée. Il n’en demeure pas moins que dans les faits une des réponses l’emporte et domine et que ce n’est pas sans conséquences.
Quand on voit dans le salut gratuit l’essence du christianisme, l’engagement politique de l’église apparaît vite aberrant ; on a le sentiment qu’elle quitte son terrain propre pour se lancer dans un domaine où elle n’a pas de compétence. Ne va-t-elle pas ou ne risque-t-elle pas de prêcher « un autre évangile » (« pas d’autre évangile » a été le slogan il y a quarante ans de mouvements chrétiens hostiles à l’engagement des églises dans la culture et dans la cité) ?
Lorsqu’on situe dans la proclamation du Royaume l’essence du christianisme et dans le salut un préliminaire ou une porte d’entrée, on estime qu’une église qui ne prend pas parti politiquement mutile son message ; elle n’annonce, comme l’anabaptiste Hubmaier  le reprochait à Luther, qu’un demi-évangile, une demi-vérité. Dans le même sens, il y a un demi-siècle, le pasteur français Élie Lauriol disait : « le christianisme social c’est l’évangile tout court, mais pas trop court ».
 PÉCIFICITÉ  POLITIQUE DU CHRÉTIEN
Existe-t-il une spécificité du chrétien en politique ? Ses convictions influent-elles sur ses options et ses actions dans ce domaine ? Les deux courants que je viens de distinguer se retrouvent également ici. Le premier penche pour une réponse négative et insiste sur la banalité sociale et civique du chrétien ; le second estime qu’il y a sinon une originalité du moins des caractéristiques chrétiennes.
LA BANALITÉ DU CHRÉTIEN
Le premier courant ne nie pas que la foi crée une différence entre les humains. Toutefois cette différence se situe dans leur relation avec Dieu et non dans leurs pratiques professionnelles, sociales ou politiques. Ainsi, au deuxième siècle, dans ses Apologies, Justin Martyr souligne que les chrétiens n’ont rien de spécial ni d’extraordinaire. Ils suivent les coutumes, obéissent aux lois, sont soumis aux autorités, tout autant que les païens vertueux. Leurs comportements, leurs modes de vie et de pensée ne les distinguent en rien. Ils n’ont pas une éthique ou des valeurs particulières, ils vivent conformément à l’idéal moral et civique de l’Empire Romain. Extérieurement, rien, sinon leur grande honnêteté, ne les différencie des autres citoyens.
Dans cette ligne, on a souvent et justement dit qu’il n’y a pas une manière chrétienne de réparer une voiture, d’opérer une hernie, de faire fonctionner un ordinateur. Le politique représente certes un champ moins purement technique que ceux que je viens d’évoquer ; il touche davantage aux relations interpersonnelles, donc à l’existentiel ; l’idéologie y joue un rôle important. Néanmoins, même si la situation y est plus complexe, le croyant, comme dans les cas précédents, s’y engage et y agit en fonction d’analyses et d’appréciations qui relèvent du raisonnement, de l’argumentation, de l’expérience, de l’intuition ; elles n’ont rien ou pas grand chose à voir avec sa foi ou avec sa relation avec Dieu.
Il faut cependant nuancer. On admet bien une différence, déjà indiquée par Justin quand il insiste sur l’honnêteté supérieure des chrétiens. Le chrétien, dans cette première perspective, n’a pas des idéaux ou des objectifs politiques particuliers, mais une manière particulière de les poursuivre. La foi ne conduit ni à gauche ni à droite ni au centre, ni au dirigisme ni au libéralisme ni à l’alter mondialisme ; par contre, elle crée une différence dans la manière dont on assume et exerce ses choix : humainement ou brutalement, dans le respect ou le mépris des autres, avec ambition ou dévouement.
L’ORIGINALITÉ CHRÉTIENNE.
Le deuxième courant juge insuffisante la réponse que je viens d’exposer. Il estime que sa foi oriente l’engagement politique du chrétien pas seulement dans son « comment » ou dans sa modalité, mais dans son contenu ou son orientation même. Albert Schweitzer, le docteur de Lambaréné et John Cobb, un théologien américain contemporain, proposent des analyses qui aident à cerner cette spécificité chrétienne
Selon Schweitzer, trois courants traversent l’ensemble des religions et spiritualités humaines. Ils entraînent trois conceptions divergentes de l’action du croyant dans la société.
Le premier courant se méfie des réalités terrestres. Elles appartiennent au domaine du charnel, du matériel, voire du diabolique. Elles détournent l’être humain de l’essentiel, c’est-à-dire de sa relation avec Dieu ; elles le rendent esclave de ses besoins et de ses désirs, prisonnier de ses ambitions et de ses soucis. Les fidèles sont invités à se libérer le plus possible de leurs occupations et préoccupations mondaines, à ne leur accorder qu’une importance et une attention réduites pour s'adonner à la spiritualité, à des exercices de piété, à des activités ecclésiales. Selon une formule classique, « entrer en religion » équivaut à « sortir du monde ». On demande donc au chrétien non pas un engagement, mais un désengagement politique.
La deuxième tendance affirme la totale souveraineté de Dieu sur l’univers. Dieu détermine tout ce qui y existe et décide de tout ce qui y arrive. D’où une appréciation positive de la réalité terrestre : loin de combattre et de contredire le dessein de Dieu, elle le reflète, le représente et l’incarne. Tout pouvoir, dit-on à la suite de Paul, vient de Dieu. La foi incite, par conséquent à accepter les hiérarchies et organisations sociales, à se mettre en accord ou en harmonie avec l'ordre des choses. Le croyant soutient par conséquent les autorités en place, il défend l’ordre établi. Sa soumission et son conformisme politique font de lui un excellent citoyen du point de vue des gouvernants.
Pour Schweitzer, l’évangile représente une troisième voie. Il n’annonce pas un Dieu étranger ou extérieur à la réalité terrestre qui inviterait ses fidèles à s’en désintéresser ; il ne prêche pas, non plus, un Dieu qui fonderait l‘ordre établi, le légitimerait et qui demanderait, par conséquent, à ses fidèles de l’accepter et de le servir. Il proclame que Dieu travaille à modifier les humains et le monde, qu’il veut opérer une transformation pour en faire de nouvelles créatures et une nouvelle création. Le Dieu de la Bible « rend toutes choses nouvelles ». Il suscite un mouvement pour faire bouger la réalité et il met le croyant au travail dans ce but. La foi n’a pas à se soumettre ou à consentir à ce qui existe et arrive ; elle n’a pas non plus à s’évader dans un au-delà ou en un en dedans. Elle participe à l’action novatrice de Dieu, elle s'engage à son service en vue d’une amélioration du monde.
Comment traduire dans des engagements politiques cette compréhension de l’évangile comme dynamisme poussant à des transformations créatrices dans notre monde ? John Cobb, évidemment dans son contexte américain, donne deux indications. D’abord, la prédication du Royaume conduit, selon lui, à refuser en politique le conservatisme qui entend maintenir le statu quo. Dieu ne souhaite pas que les choses restent en état ; il désire qu’elles bougent. L’évangile interdit d’être satisfait de ce qui est (même quand ce qui est vaut mieux que ce qui a été) ; il suscite une aspiration à autre chose ; il vient toujours contester et bousculer ce qui existe. Ensuite, la fidélité évangélique écarte les options révolutionnaires qui veulent abattre les structures en place pour construire un monde différent, ce qui, pour Cobb, rejoint la fuite religieuse dans l’au-delà et l’ailleurs, dans le rêve et l’utopie. Dieu renonce à anéantir la vie après le déluge ; il veut la conversion du pécheur et non sa mort ; le Royaume dont parle l’évangile ne fait pas périr les humains, au contraire il leur ouvre une vie nouvelle. Il ne s’agit donc pas pour le chrétien de détruire ce qui est, mais de le transformer. Il en résulte, selon Cobb, que la foi évangélique conduit à agir dans un sens progressiste ou réformateur, étant bien entendu que les évolutions et les nouveautés ne sont pas toutes bonnes; certaines sont même franchement régressives. Il faut discerner celles qui servent vraiment la vie (pour reprendre une expression de Schweitzer).
Notons, cependant, que, pour Schweitzer comme pour Cobb, les options, les attitudes, les orientations auxquelles conduisent leur foi ne sont pas propres aux chrétiens. On peut les prendre pour des raisons profanes, philosophiques ou pour des motifs religieux nullement inspirés de l’évangile. Ainsi, en 1789, le pasteur Rabaut Saint Etienne, député de Nîmes aux États généraux puis à la Constituante, affirme que la Déclaration des droits de l’homme correspond aux convictions religieuses des protestants. Elle opère, selon lui, une traduction laïque de l’évangile, ce qui n’empêche pas qu’elle a, à ses yeux, des fondements rationnels qui lui donnent une portée universelle. Elle s’impose aux croyants en même temps au nom de leur foi et de leur raison tandis que les non croyants s’y soumettent au nom de leur raison. De même, Schweitzer pense que la pensée et la foi, la philosophie et la religion quand on les approfondit l’une et l’autre, conduisent aux mêmes positions éthiques. Il écrit que l’évangile et la raison ne s’opposent pas, mais convergent. Dans cette perspective, il n’y a pas contradiction mais accord entre l'enseignement évangélique bien compris et une réflexion laïque bien menée.

LES ÉGLISES DANS LA CITÉ
La deuxième partie de ce chapitre s’est interrogée sur l’attitude politique du chrétien en tant que personne, ou en tant qu’individu ; elle s’est demandée si sa foi devait ou non influencer ou orienter ses positions. La troisième partie va porter sur les interventions des églises, des institutions ecclésiales dans le domaine social et politique. Qu’en penser ? À cette question on a donné dans le christianisme et, en particulier dans le protestantisme, trois réponses différentes.
L’ABSTENTION
Pour la première, les églises n’ont pas à s’exprimer et à prendre position sur les problèmes de société et sur les questions politiques. Elles n’ont pas de compétence ni de mandat qui les autoriseraient à le faire. Elles sortent de leur rôle et il y a de leur part abus quand elles s’en mêlent.
Durant les années 50, en Allemagne, de nombreux responsables ecclésiastiques protestants souhaitaient que les synodes conseillent et orientent leurs fidèles lorsqu’ils sont appelés à mettre leur bulletin dans l’urne. Les églises, disaient-ils, avaient failli à leur mission en 1933 en n’appelant pas explicitement à voter contre le nazisme, ce qui, peut-être, aurait empêché Hitler d’accéder au pouvoir. Ils ne voulaient pas qu’on renouvelle cette erreur.
En 1958, le théologien protestant Rudolf Bultmann, qui avait été un opposant résolu et déclaré au nazisme, dans un article qui a fait beaucoup de bruit, écrit « L’Église a à prêcher la parole de Dieu et non à émettre des jugements politiques ». Il y souligne deux points.
D’abord, la foi ne doit pas cautionner ou légitimer des idéologies et des pratiques aussi respectables soient-elles. Aucune orientation politique ne peut se prétendre la seule option conforme à l’évangile. La fidélité au Christ se vit de plusieurs manières ; les églises doivent se garder d’absolutiser, d’idéaliser et de sanctifier l’une d’elles.
Ensuite, s’il est normal que les églises appellent leurs fidèles à accomplir avec sérieux leurs devoirs de citoyens et de s’engager politiquement en tenant compte des exigences évangéliques, par contre, elles n’ont pas à leur dicter ces choix. Ils dépendent en partie d’analyses et de réflexions qui n’ont rien de religieux ; et, surtout, les décisions relèvent de la conscience de chacun. Quand on veut qu’elle donne des consignes politiques, on glisse vers une conception plutôt catholique qui confère à l’église un magistère et estime qu’il lui appartient de régenter la vie chrétienne ; on s’éloigne de la conception protestante qui fait appel et qui renvoie à la responsabilité individuelle du croyant.
LA PROTESTATION
La deuxième réponse estime que les églises doivent s’exprimer exceptionnellement et s’engager seulement dans des circonstances extraordinaires. Il leur faut prendre parti quand la société bascule dans l’horreur et que l’État prend des mesures criminelles. Les églises ont pour fonction de poser des limites, pour vocation de rappeler les frontières à ne pas franchir, pour devoir de dénoncer l’inacceptable. Ainsi, en 1942 et 1943, en France, le cardinal Saliège et le pasteur Bœgner protestent auprès du gouvernement de Vichy contre la persécution qui s’abat sur les juif et la dénoncent ouvertement. Leur intervention incontestablement politique n’a rien d’une ingérence ; elle s’inscrit bien dans le cadre du ministère confié à ces deux hommes. Par contre, s’ils avaient désigné la formation ou la personnalité qui devait diriger le gouvernement, il y aurait eu abus de fonction. Les partisans de la laïcité ont raison de refuser que les institutions religieuses exercent directement ou prennent indirectement le pouvoir ; néanmoins, le cas échéant, quand des débordements se produisent, il entre dans la mission de ces institutions d’adresser aux dirigeants des « remontrances », comme on disait sous l’Ancien Régime. Il leur revient de mettre en garde contre des dangers et des dérives, de se dresser contre des abus et des manquements. Elles doivent signaler ce qui ne va pas (et dans toute société il y a toujours quantité de choses qui vont mal), sans chercher à dicter une solution précise aux problèmes qu’elles signalent. Elles n’ont ni vocation ni compétence pour élaborer et proposer un programme de gouvernement. Elles sortent, par exemple, de leur rôle si elles tracent les lignes d’une politique de l’immigration, mais elles ont le devoir de se mobiliser si on ne traite pas humainement les immigrés. De même, les théologies sud-américaines de la libération ont raison lorsqu’elles s‘en prennent à un ordre économique qui réduit une partie de la population au statut de « non personne » ; par contre, elles s’aventurent sur une voie glissante quand elles veulent élaborer un autre ordre économique. Remarquons que les églises sont à cet égard dans la même situation et ont la même responsabilité que des groupes moraux non religieux, tels que la Ligue des droits de l’homme, par exemple, ou les diverses franc-maçonneries. Il ne s’agit donc nullement de leur donner un statut à part, de leur conférer un privilège.
PARTICIPER AUX DÉBATS
Pour la troisième réponse, les églises doivent participer ordinairement au débat et à la réflexion politique sans, pour cela, prétendre exercer une souveraineté sur les consciences ou sur la société. C’est ce que soutient le théologien protestant allemand Paul Tillich. Dans la République de Weimar, il a préconisé et contribué à définir un socialisme chrétien ; en janvier 1933, les nazis arrivés au pouvoir le révoquent immédiatement et le contraignent à l’exil. Quand en mai 1934, seize mois après, le synode protestant de Barmen prend publiquement position contre Hitler, Tillich s’en réjouit, mais estime qu’elles réagissent trop tardivement. Il aurait fallu mettre en garde les allemands dans les années 30, et tenter d’empêcher que les nazis accèdent au gouvernement. La prévention ne vaut-elle pas mieux que des « remontrances » après coup ?
Dans la même ligne, plusieurs responsables ecclésiastiques pensent que si les églises n’ont pas à donner des consignes ni à dicter des solutions, par contre elles doivent aider et nourrir la réflexion, ainsi en organisant des colloques ou des conférences, en publiant des documents qui informent et des études qui permettent d'approfondir les questions à l'ordre du jour. Quand elles s’engagent dans cette voie, les églises ont le sentiment de rendre service à la démocratie en contribuant au sérieux des discussions et des engagements aussi bien de leurs membres que des autres citoyens. Dans les pays occidentaux, la compétition politique est souvent plus passionnelle que réfléchi, plus spectaculaire que profonde. On s’affronte, on cherche à prendre le dessus sur l’autre plus qu’à trouver et à élaborer ensemble des solutions. Il importe d’éviter que le débat politique ne dégénère en une mêlée confuse et irrationnelle où on se bat à coup de slogans et où l’image compte plus que la compétence. Il ne s’agit pas d’imposer des mots d’ordre, mais de susciter une réflexion. C’est, d’ailleurs, ce que ce chapitre et les suivants essaient, tant bien que mal, de faire : non pas d’indiquer la juste position, mais de présenter les options et les arguments en présence pour aider à une décision réfléchie.
Peut-on, sans impérialisme, esquisser une conclusion ? À mon sens, les églises doivent respecter l'autonomie de l'État qui a ses règles spécifiques de fonctionnement. Elles n'ont pas à exercer un magistère politique. Par contre, elles ont bien un rôle à jouer dans ce domaine. Il leur revient d'interpeller, de protester, d'inviter à la réflexion. Elles remplissent bien leur mission quand elles ne sont ni partisanes, ni neutres, et quand elles interrogent plus qu'elles affirment. Cette tâche difficile, elles ne l'accomplissent jamais de manière pleinement satisfaisante; elles doivent en avoir conscience, et ne pas tomber dans le triomphalisme ni se laisser aller à la bonne conscience. Pourtant, si elles s'en dispensaient, elles rempliraient de manière encore plus insatisfaisante leur mission de témoigner de l'évangile.


Chapitre III




Sociologie du christianisme contemporain




Nos concitoyens, souvent, n’imaginent les évangéliques qu’à partir des choses qu’on dit ou qu’on voit sur les télévangélistes américains !


Il vaut la peine de s’informer plus exactement, et un regard relativement extérieur peut aider l’évaluation. Spécialiste du domaine concerné – il a publié les Nouveaux Rédempteurs sur le fondamentalisme en 1998 et la Nouvelle Droite américaine en 1999 – Mokhtar Ben Barka, de l’Université de Valenciennes, procède sans agressivité ni complaisance ; les questions qu’il soulève ne sont pas sans pertinence pour nous.




Religion et nouvelles technologies de la communication de masse : l’exemple de l’« Eglise électronique »











Le phénomène de la télévision reli-gieuse américaine, que l’on appelle cou-ramment « Eglise électronique » ou encore « télévangélisme »1 n’échappe plus à personne. Il se manifeste et s’impose de différentes façons. Il y a d’abord les innombrables émissions à caractère religieux qui envahissent la télévision américaine. En outre, les prédi-

1.     L'appellation « télévangélisme » est un néologisme américain qui accole television

à evangelism.


Mokhtar BEN BARKA

Université de Valenciennes



cateurs des ondes (ou télévangélistes) ont beaucoup fait parler d’eux, ces der-nières années. Certains, comme Jerry Falwell, James Robinson et Pat Robert-son, se sont fait connaître par leurs prises de position politiques. D’autres, notam-ment Jim Bakker, Oral Roberts et Jimmy Swaggart, ont défrayé la chronique à cause des scandales financiers et sexuels dans lesquels ils étaient impli-qués. Enfin et corrélativement à sa mon-tée spectaculaire, l’Eglise électronique




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Sociologie du christianisme contemporain




est l’objet d’une abondante littérature scientifique et populaire1. L’avènement de l’Eglise électronique constitue, à vrai dire, l’un des faits les plus marquants de la vie spirituelle des Etats-Unis depuis 1945.

Parallèlement à cette forte visibilité sociale, l’Eglise électronique est au cœur de débats qui animent et divisent aussi bien l’opinion publique, les journalistes que les spécialistes des sciences socia-les. Les pages qui suivent tentent de don-ner la mesure de la polémique suscitée par l’Eglise électronique, en répondant aux questions suivantes : qu’est-ce que l’Eglise électronique ? Quels effets les nouvelles technologies de la communica-tion de masse ont-elles sur le message chrétien ? Où en est l’Eglise électronique à l’âge de la « cyber-culture » ?


I.        Qu’est-ce que l’Eglise électronique ?

Inventée par Ben Armstrong, l’ancien président de l’association nationale des diffuseurs religieux (National Religious Broadcasters Association), l’appellation « Eglise électrique »2 – devenue progres-sivement « Eglise électronique » – dési-gne un vaste ensemble de programmes religieux radiodiffusés et télévisés. Outre
1.     Cette abondance croissante a incité un édi-teur américain à faire paraître une bibliogra-phie annotée : George HILL, Religious Broadcasting: An Annotated Bibliography,

New -York, Garland, 1984.
2.     Ben  ARMSTRONGThe  Electric  Church,
Nashville, Thomas Nelson Publishers, Inc., 1979.


les émissions purement cultuelles (priè-res, sermons, lectures bibliques), la pro-grammation religieuse comprend des émissions d’inspiration religieuse, allant des variétés musicales et des cours de cuisine jusqu’aux dessins animés bibli-ques. Aucun de ces programmes n’est dû à l’initiative de l’une des Eglises tradition-nelles (mainline churches), pas même d’une vaste dénomination évangélique comme la Southern Baptist Convention qui, de nos jours, compte plus de 15 mil-lions de fidèles. L’Eglise électronique est l’œuvre de prédicateurs protestants, le plus souvent fondamentalistes ou pente-côtistes, qui ne se rattachent à aucune dénomination ou qui se réclament d’Egli-ses indépendantes, en marge des gran-des dénominations3. Quentin J. Schultze, spécialiste en communications, définit l’Eglise électronique par référence à six caractéristiques dominantes. « A de rares exceptions près, écrit-il, les principaux “ministères” à la télévision aux Etats-Unis sont 1) financés par les dons des audi-teurs, 2) organisés autour d'une person-nalité-vedette, 3) authentifiés par les expériences provoquées, 4) mis au béné-fice des techniques les plus raffinées, 5) conçues pour divertir et 6) marquées par l'esprit de conquête »4. Quant à Ben Armstrong, il présente l’Eglise électroni-
3.     Le sociologue Steve Bruce estime qu’en 1990, « c'est peut-être jusqu'à 75 % de tou-tes les émissions religieuses à la radio et à la télévision qui sont maintenant évangéli-ques ou fondamentalistes », Steve BRUCE,

Pray TV: Televangelism in America, Lon-dres & New-York: Routledge, 1990, p. 31.

4.     Quentin J. SCHULTZE, Televangelism and American Culture. The Business of Popular Religion, Grand Rapids, Baker Books, 1991, p. 28.




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que comme la continuation authentique et miraculeuse de l’Eglise du Nouveau Tes-tament. Il importe enfin de préciser que la prédication télévisuelle, s’inscrivant dans la tradition des Grands Réveils des XVIIIe et XIXe siècles, vise à provoquer la con-version, le basculement soudain de l’indi-vidu dans une foi intense.
L’Eglise électronique est l’œuvre de prédicateurs protestants, le plus souvent fondamentalistes ou pentecôtistes.

L’Eglise électronique a ses propres vedettes dont les plus connues (et d'orientations diverses) sont : Pat Robert-son, Jerry Falwell, Paul and Jan Crouch, Oral Roberts, Kenneth Copeland, Ken-neth Hagin, Benny Hinn et Robert Schul-ler1. Mais des centaines d’autres évangélistes, beaucoup moins connus, œuvrent à l’échelle locale et régionale. Et comme le font remarquer Jeffrey K. Had-den and Charles E. Swann, « toute ville qui a une station de télévision a aussi des prédicateurs qui rêvent de devenir télé-vangélistes »2 Qu’ils soient célèbres ou en passe de le devenir, tous les pasteurs cathodiques sont férus de communication dont ils sont devenus de grands spécialis-tes.




1.     Membre de la Reformed Church of America (Eglise calviniste), Robert Schuller n’est ni évangélique ni fondamentaliste. Il est parmi les rares exceptions.

2.     Jeffrey K. HADDEN & Charles E. SWANN,
Prime-Time Preachers: The Rising Power of Televangelism, Reading, Addison-Wes-ley Publishing Company, Inc., 1981, p. 45.


II.      Des origines à nos jours


Les racines historiques de l’Eglise électronique remontent aux années 20, avec l’apparition de la première station commerciale américaine, KDKA, établie à Pittsburgh par Westinghouse Electric. Le 2 janvier 1921, deux mois jour pour jour après les débuts de la radio, KDKA trans-met le culte dominical de la Calvary Epis-copal Church à Pittsburgh. Il en va de même du petit écran, puisque les émis-sions religieuses sont parmi les toutes premières à être transmises par la télévi-sion américaine. C’est en 1940 à l’occa-sion des fêtes de Pâques que la télévision transmet, pour la première fois, des pro-grammes religieux3. Autant dire que dès qu’un média est mis au point, les institu-tions religieuses sont les premières à s’en accaparer pour porter au monde la Bonne Nouvelle de Dieu.

Face à une programmation sauvage et irresponsable, un certain contrôle devait être instauré. Dans les années 40, les sta-tions décidèrent, conformément au prin-cipe de la gratuité imposé par la Federal Communications Commission (FCC), de ne plus vendre de temps d’antenne aux prédicateurs, mais d’en donner gratuite-ment à chaque Eglise, tard la nuit ou tôt le dimanche. Elles donnèrent la priorité aux Eglises traditionnelles et considérèrent le

3.     Pour une étude plus complète de l’histoire de l’Eglise électronique, voir Jeffrey K. HAD-

DEN & Charles E. SWANN, op. cit. Voir éga-lement Peter G. HORSFIELD, Religious Television: The American Experience,
New-York & Londres, Longman, 1984.




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Sociologie du christianisme contemporain




Conseil fédéral des Eglises (devenu Con-seil national des Eglises) comme le repré-sentant officiel des Eglises protestantes. Les petites Eglises et les mouvements indépendants dans lesquels se trouvait incarnée la tendance fondamentaliste réagirent à cette situation qui les pénali-sait gravement en créant la National Reli-gious Broadcasters Association (1944).

Les années 50 connurent un relâche-ment dans le contrôle. Les groupes fonda-mentalistes parvinrent à acheter du temps d’antenne aux stations de radio et ensuite aux stations de télévision indépendantes. Ils s’aperçurent très vite que, dans un sys-tème commercial de télévision, ils pou-vaient faire du profit. Alors, ils se lancèrent dans l’achat de temps d’antenne et même de stations, comme le fit Pat Robertson avec son Christian Broadcasting Network

(devenu The Family Channel). Sachant qu’en vendant du temps d’antenne aux groupes fondamentalistes elles pouvaient augmenter leurs propres profits, les sta-tions diminuèrent considérablement le temps gratuit mis à la disposition des Egli-ses. Dans les années 60, la FCC favorisa cette évolution en insistant de moins en moins sur le principe de la gratuité. Il s’ensuivit un renversement de situation : en achetant du temps d’antenne et en créant leurs propres chaînes, les évangé-liques en vinrent à exclure des ondes les Eglises traditionnelles et à dominer la télé-vision religieuse américaine.

En gros, la décennie 1975-1985 repré-sente l’époque dorée de l’Eglise électroni-que. Pour les 66 émissions religieuses


« syndiquées » (syndicated programs), Arbitron évalua, en 1980, l’audience heb-domadaire à 20,5 millions de spectateurs. Toutefois, ces chiffres ne tenaient pas compte des réseaux par câble dont le nombre d’abonnés fut de 15 millions, soit 20 % des foyers1. On était, à coup sûr, loin des chiffres qu’atteignent régulièrement les programmes profanes les plus popu-laires, mais l’audience de l’Eglise électro-nique n’était pas négligeable. A noter au demeurant que l’influence des télévangé-listes atteignit son apogée dans les années 1977-19782.
En gros, la décennie 1975-1985 re-présente l’époque dorée de l’Egli-se électronique.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Comme l’indique clairement USA Today en titrant : « les télévangélistes des années 80 s'effacent du paysage médiatique », l’Eglise électronique est en perte de vitesse3. Connus sous le nom de « Gospelgate », les scandales provoqués par les malversations financières de Jim Bakker (1987), l‘arnaque financière de

1.     Jeffrey K. HADDEN & Anson SHUPE, Tele-vangelism, Power and Politics on God’s Frontier, New-York, Henry Holt and Com-pany, 1988, p.53. Voir également Stewart M. HOOVER, « The Religious Television Audience: A Matter of Significance or Size? » in Robert ABELMAN & Stewart M. HOOVER (eds), Religious Television. Con-troversies and Conclusions, Norwood Ablex Publishing Corporation, 1990, p. 109-129.

2.     Voir Peter G. HORSFIELD, op. cit., p. 105-106.

3.     Martha T. MOORE, « 1980s televangelists fade from media landscape », USA Today, April 9, 1997, 2A.





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Oral Roberts1 et les égarements sexuels de Jimmy Swaggart (1988) ont considéra-blement réduit l’influence de l’Eglise élec-tronique et entamé la crédibilité de la plupart de ses vedettes. La conséquence en est double : une chute de l’audimat – seulement 4,8 millions de téléspectateurs en 19972 – qui entraîne une diminution des dons. Outre le Gospelgate, l’Eglise électronique souffre de la concurrence sous toutes ses formes. Il y a d’abord l’augmentation du nombre des chaînes câblées qui est passé de 20 en 1977 à 250 en 1997. Ensuite, on assiste depuis peu à une nouvelle tendance : les gran-des chaînes profanes passent de plus en plus d’émissions d’inspiration religieuse, telles que Touched by an Angel sur CBS. Les « méga-églises », qui ressemblent plus à de gigantesques centres de loisirs qu’à des édifices religieux traditionnels, connaissent par ailleurs une croissance exponentielle au détriment des grandes confessions mais aussi des Eglises évan-géliques, jusque-là en plein essor. On ajoutera enfin que la Christian Coalition (1989) et le groupe des Promise Keepers (1991) représentent des sources supplé-mentaires de concurrence, puisque de plus en plus d’adeptes de l’Eglise électro-nique se tournent vers eux3. Pour remon-ter la pente, « des stations religieuses de plus en plus nombreuses se recentrent et mettent l'accent sur le divertissement familial moralement sain dans l'espoir d'attirer un plus large public »4.
1.     En mars 1987, Oral Roberts apparaît devant ses fidèles pour leur annoncer qu’il a reçu « en direct » l’injonction de Dieu de réunir 8 millions de dollars, sans quoi il va mourir.

2.     Martha T. MOORE, op. cit.

3.     Ibid.


Les « méga-églises », qui ressem-blent plus à de gigantesques cen-tres de loisirs qu’à des édifices religieux traditionnels, connais-sent par ailleurs une croissance exponentielle.


III.     Evangélisme5 et nouvelles technologies de la communication de masse

L’influence des télévangélistes est révélatrice du rôle crucial de l’audiovisuel dans la vie religieuse américaine mais aussi de la confiance et de la foi qu’ont les évangéliques (Evangelicals) dans les techniques de la communication. Qu’il s’agisse de l’imprimerie ou des satellites de communication, ils cherchent cons-tamment à mettre les innovations techno-logiques au service de la foi chrétienne6. Contrairement aux grandes Eglises tradi-tionnelles qui se sont engluées dans

4.     Lori SHARN, « Christian TV’s new look: Quiz shows and sits coms », USA Today, April 9, 1997, 2A.

5.     L’évangélisme (Evangelicalism en anglais) est un courant théologique issu de la Réforme. En suivant l’historien Bebbington, on peut le définir par quatre accents : la con-version (changement de vie sous l’effet de l’expérience religieuse), l’activisme (enga-gement militant), le biblicisme (la Bible est reçue comme « Parole de Dieu ») et le cru-cicentrisme (thème central de la Croix). Voir David W. BEBBINGTON, Evangelicalism in Modern Britain: A History from the 1730s to the 1980s, Londres, 1989, p. 2-17.

6.     David Paul Nord étudie le rôle de l’imprime-

rie dans l’émergence des « Bible societies » dans « The Evangelical Origins of Mass Media in America, 1815-1835 »,

Journalism Monographs, Columbia, A. E. J. M. C., May 1984.



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d’innombrables disputes sur l’opportunité ou non de s’engager dans la communica-tion électronique, les télévangélistes, conscients de l’émergence d’une civilisa-tion nouvelle qui requérait des moyens d’évangélisation nouveaux, ont abordé sans hésiter l’ère de la télévision par satellite et des chaînes câblées. Ils ont dès le départ compris le rôle que pou-vaient jouer les nouveaux médias électro-niques dans la diffusion de la parole de Dieu dans la planète entière, et ce confor-mément au commandement rapporté par Marc : « Allez dans le monde entier, pro-clamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16.15). Beaucoup d’évangéliques, à l’ins-tar de Ben Armstrong, voyaient dans l’avènement des médias électroniques l’un des grands miracles des temps modernes et un signe de la faveur divine. En l’occurrence, il dit : « Je crois que Dieu a suscité cette puissante technique de la radio et de la télévision, précisément pour que le message encore plus puissant de l'Evangile atteigne tout homme, toute femme, tout garçon et toute fille sur la terre »1. Dans les dernières pages de son livre, Ben Armstrong cite ce verset de l’Apocalypse : « Puis, je vis un autre Ange qui volait au zénith, ayant une bonne nou-velle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14.6), en déduisant que l’Ange est une allusion aux satellites géostationnaires2. L’audiovisuel a en définitive offert une chance excep-tionnelle aux évangéliques qui, en deve-nant les maîtres de la télévision

1.     Ben ARMSTRONG, op. cit., p. 7.

2.     Ibid., p. 172-3.


religieuse, ont acquis de la présence et du respect.
Ben Armstrong cite ce verset de l’Apocalypse : « Puis, je vis un autre Ange qui volait au zénith » (Ap 14.6), en déduisant que l’Ange est une allusion aux satellites géostationnaires.

L’usage habile des médias, et en par-ticulier des nouvelles technologies de la communication de masse, a considéra-blement favorisé la réussite de l’Eglise électronique. Fille des nouvelles techno-logies, son essor résulte dans une large mesure de l’extraordinaire affinement des techniques audiovisuelles, telles que la mise au point de la couleur télévisuelle, la mise en orbite de satellites de télécommu-nications, la diffusion par câble et l’utilisa-tion et la commercialisation grandissante des magnétoscopes et des cassettes vidéo. Sur l’emploi audacieux des médias électroniques vient se greffer l’utilisation du téléphone et de l’ordinateur. Tout au long de l’émission, un numéro vert défile lentement en bas de l’écran. Les appels téléphoniques sont reçus par des « conseillers spirituels » qui enregistrent dans un fichier informatique les coordon-nées ainsi que le profil social et spirituel de chaque personne qui téléphone ou qui envoie un courrier. Ces données vont per-mettre aux ordinateurs de relancer les donateurs potentiels, en expédiant des lettres dites « personnalisées », mises au point par des spécialistes du marketing commercial. Il s’avère ainsi que si la télé-vision a permis à l’Eglise électronique d’exister, l’ordinateur en a fait une source




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de profit. Grâce à l’informatique les télé-vangélistes sont passés maîtres dans l’art du « courrier personnalisé » (direct mail) et de la collecte de fonds. Le direct mail est une affaire commerciale bien juteuse qui rapporte chaque année des centaines de millions de dollars. Il n’est donc pas étonnant si pratiquement tous les télévan-gélistes sont à la tête de véritables empires : institutions universitaires, hôpi-taux, maisons de retraite, hôtels, parcs d’attraction. En dépit de l’apparente réus-site de leurs entreprises, la plupart d’entre eux sont confrontés à de graves difficultés de trésorerie.

Dans leur rapport aux médias sécu-liers, les télévangélistes n’ont cure des incohérences. D’un côté, ils vouent une admiration sans bornes aux moyens de communication qu’ils considèrent comme d’excellents moyens missionnaires et un instrument de salut. De l’autre, ils dénon-cent les effets sécularisants des médias, coupables, à leurs yeux, de dissolution du
religieux,  de  relativisme  moral
et  de
« dégénérescence »  spirituelle.
Autre
paradoxe majeur : alors qu’ils condam-nent la télévision commerciale qui, dit-on, introduit dans les foyers trop de violence et de sexualité, sans compter les mauvai-ses nouvelles, les télévangélistes s’en inspirent directement, notamment en adoptant les mêmes « formats ». Par exemple, Jim Bakker, inspiré par la suc-cès de l’émission de variété « Tonight Show » de Johnny Carson créa en 1974 un talk show distrayant, le « PTL Club ». En 1980, Pat Robertson prit exemple sur les magazines des grandes chaînes hert-ziennes pour transformer son émission


« 700 Club » en un magazine télévisé chrétien. Bref, il n’est point de salut en dehors de l’échiquier audiovisuel ; les évangélistes des ondes l’ont bien com-pris.


IV.   « The medium is the message »

Il s’agit là de la formule bien connue de Marshall McLuhan selon lequel tout mes-sage est déterminé par les propres exi-gences du média utilisé1. Autrement dit, l’accès aux médias n’est pas neutre. Les télévangélistes s’accommodent parfaite-ment des contraintes de la télévision et acceptent, par là-même, que leurs pro-grammes soient adaptés aux goûts des téléspectateurs. Le fait de vouloir séduire un public important les pousse à appli-quer les règles du spectacle, devenant ainsi de véritables vedettes du show busi-ness.

Bien que la télévision avive le pen-chant des télévangélistes pour le specta-cle, le show religieux n’est pas étranger à la culture évangélique. Eléments essen-tiels de la foi évangélique, la conversion et ses miracles induisent une gestuelle des plus spectaculaires. Or le mouvement est le champ préférentiel de la télévision. Aussi celle-ci prise-t-elle tout ce qui fait appel aux émotions plutôt qu’à la raison.



1.     Voir Marshall MCLUHAN, Understanding Media: The Extensions of Man, New-York, The New American Library, 1964.




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« L’Eglise électronique, affirme Jac-ques Gutwirth, cède évidemment par cer-tains côtés au show-biz et au business, car elle est tributaire de l’utilisation du média télévisuel dans le contexte de l’économie de marché »1. Cette situation particulière dicte certains impératifs aux-quels l’Eglise électronique ne peut guère échapper. Il s’agit de la concurrence com-merciale, la banalisation de la théologie et la commercialisation de la religion que vient aggraver un charlatanisme éhonté.

D’abord, les télévangélistes sont obli-gés de rivaliser avec les autres produc-teurs de spectacle ; et même entre télévangélistes, il existe une rivalité sans merci. Dans ce domaine, le succès du divertisseur se mesure à son aptitude à susciter des sensations fortes. L’émission du jour sera jugée en fonction du fait qu’elle fut plus sensationnelle et donc plus spectaculaire que celle de la veille ou de l’avant-veille. Ce qui compte, c’est le spectaculaire et non le spirituel. Que la religion soit mise en équation avec un spectacle du genre le plus éphémère ne semble pas inquiéter les téléprédicateurs.

Ensuite, le choix de la télévision en tant que vecteur principal entraîne une banali-sation et une simplification outrancière de la théologie qui s’opèrent d’autant plus facilement que la télévision s’accommode très bien de la dissolution du religieux et de ses manifestations annexes. Quentin J. Schultze souligne la pauvreté théologique

1.     Jacques GUTWIRTH, L’Eglise électronique. La saga des télévangélistes, Paris, Bayard, 1998, p. 218.


du message « électronique » en ces termes : « L'Eglise électronique évite, en général, de recourir à la tradition reli-gieuse, aux sciences bibliques, à la théo-logie académique, aux symboles et confessions de le foi chrétienne histori-que, et même au corpus si riche des livres et textes des saints et des autres figures influentes et vénérées de l'histoire du christianisme occidental »2. Sans gran-des rationalités théologiques, la religion cathodique se ramène à quelques princi-pes de base : prééminence de la Bible et salut individuel garanti par la conversion.
Le choix de la télévision en tant que vecteur principal entraîne une banalisation et une simplification outrancière de la théologie.

L’Eglise électronique développe, en outre, la commercialisation de la religion qui devient un simple produit de consom-mation. Avec l’attirail complet du marke-ting médiatique, Dieu et Jésus se transforment en biens de consommation que les vedettes du petit écran vendent à leurs clients. Outrageusement commer-cialisé, le message chrétien perd sa subs-tance et son caractère de discipline transcendantale.

Enfin, le message électronique se fond dans un syncrétisme charlatanesque où seuls comptent la recherche immédiate du bonheur, de la réussite matérielle et du bien-être. C’est ce qu’on appelle commu-nément l’« Evangile de la prospérité et du bien-être » ou « Health and Wealth
2.    Quentin J. SCHULTZE, op. cit., p. 34.




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Sociologie du christianisme contemporain




Gospel ». Par la prédication, Dieu se fait, paraît-il, présent pour résoudre tous les problèmes et satisfaire tous les besoins pressants. Mais pour que le Seigneur intervienne, il faut que le fidèle envoie un chèque au télévangéliste de son choix. Quentin J. Schultze le dit bien : « Les télé-vangélistes donnent souvent l'impression d'avoir une ligne directe qui les relie au Père céleste »1. Sous des apparences de chaleur humaine et de convivialité, les téléprédicateurs attisent la soif de satis-factions immédiates, encouragent l’hédo-nisme et exploitent les angoisses et les frustrations de leurs fidèles.

La télévision a du reste cette particu-larité supplémentaire de « sacraliser » le communicateur et d’amplifier l’autorité et le charisme du présentateur, qu’il soit jour-naliste, prédicateur ou divertisseur. Dans le domaine de l’audiovisuel, « plus que le message, c’est l’homme-messager qui compte. Plus que les paroles ce sont les prêtres qui comptent »2. L’intérêt que les télévangélistes portent pour la communi-cation électronique s’explique d’autant plus facilement qu’ils sont, en règle géné-rale, autoritaires.

La télévision a du reste cette parti-cularité supplémentaire de « sa-craliser » le communicateur et d’amplifier l’autorité et le charis-me du présentateur.


1.     Ibid., p. 36.

2.     Gérard HEINZ, Radiodiffusion et télévision : approches théologiques, (thèse de doctorat d’Etat présentée à l’université de Stras-bourg le 4 mai 1981), p. 53.


IV.   Les évangéliques sur Internet

Les années 90 voient s’ouvrir un nou-veau chapitre dans l’histoire des techno-logies de l’information et de la commu-nication : celui du « numérique », des « multimédias » et des « autoroutes de l’information ». Depuis 1992, avec la créa-tion du World Wide Web, le réseau Internet connaît un développement exponentiel que rien ne semble arrêter. Le magazine Newsweek a d’ailleurs baptisé 1995 « l’année d’Internet ». En même temps qu’il a pris une place prépondérante dans divers secteurs d’activité, Internet y a pro-voqué des bouleversements en profon-deur. Car, comme le rappelle Joshua Cooper Rama, « la vérité essentielle des révolutions technologiques est qu'elles changent tout ce qu'elles touchent »3. Devenu si vaste et si puissant, Internet s’impose aujourd’hui comme un outil incontournable. Tout porte à croire que dans l’avenir il prendra davantage d’impor-tance.


Le succès d’Internet tient au fait qu’il présente d’énormes avantages : rayonne-ment mondial, partage de grandes quan-tités d’informations, rapidité, rentabilité, avantage concurrentiel. Internet, dont les réseaux électroniques couvrent la majeure partie de la planète, permet d’atteindre des millions de personnes à travers le monde4. Le courrier électronique
3.     Joshua Cooper RAMA, « Finding God on the Web », Time, Dec.16, 1996, p. 46.

4.     Toutes les nations. Au total, Internet couvre plus de 170 pays.




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(e-mail), qui est la plus grande messagerie du monde, met en relation des dizaines de millions d’utilisateurs distants de milliers de kilomètres et favorise les échanges de vues et de documents en temps réel. Inter-net est aussi la plus grande source d’infor-mations mondiale : l’utilisateur peut avoir accès à un nombre incalculable d’informa-tions qui circulent à une vitesse prodi-gieuse à travers les réseaux, portés par les flux numériques. Les nouvelles technolo-gies de l’information et de la communica-tion sont singulièrement rentables, car les coûts de transmission des données sont bas. Aussi l’accès à Internet implique-t-il un usage moindre du téléphone, de la publicité classique ou du courrier. Un autre aspect particulièrement attractif des tech-nologies d’Internet, c’est qu’elles permet-tent de développer une nouvelle clientèle et de toucher de nouveaux marchés dans des pays jusqu’alors inexplorés. Les entre-prises qui sauront intégrer cette nouvelle donnée de l’économie auront à coup sûr un avantage sur les autres. Ajoutons enfin qu’Internet offre des forums de discussion, des lieux de rencontre (virtuels !) et un environnement extraordinaire où les opi-nions personnelles peuvent librement s’exprimer : « Par nature, les réseaux d'ordinateurs font communiquer des gens qui, autrement, ne se rencontreraient jamais – sans réticence, même pour s'entretenir de choses aussi intimes que les croyances personnelles »1. Grâce à Internet, les groupes marginaux, mal pris en compte par le système politique et social, pourraient mieux se mobiliser pour défendre leurs intérêts. Un exemple

1.    Joshua Cooper RAMA, op. cit., p. 43.


précis : « Pour les fondamentalistes aux-quels il est interdit de discuter ouvertement de problèmes de société comme l'homo-sexualité et l'avortement, la Toile est deve-nue le meilleur moyen – parfois le seul moyen – de s'exposer à toute une gamme d'opinions religieuses »2.

Tout comme le monde des affaires, les institutions scolaires et universitaires ou les services gouvernementaux, les institu-tions religieuses se sont installées en force sur le Web. Des presbytériens aux sectes les plus extravagantes en passant par les Amish, qui sont pourtant hostiles à la technique et à la modernité, tous se sont précipités pour créer leurs propres sites, si bien que « en un clin d'oeil, la commu-nauté électronique de l'Internet s'est mise à ressembler à un bazar spirituel effréné »3. Le « religieux en ligne » est omniprésent sur le Web : on ne dénombre pas moins de 410 000 entrées compor-tant le mot Dieu, et plus de 146 000 entrées contiennent le mot Christ. Qui plus est, de nouveaux sites « spirituels » apparaissent presque quotidiennement. Tout le monde est conscient de la néces-sité d’être présent dans le cyber-espace électronique afin de pouvoir affronter l’avenir. C’est dire qu’Internet fait figure d’arme stratégique.
Des presbytériens aux sectes les plus extravagantes en passant par les Amish, qui sont pourtant hos-tiles à la technique et à la moder-nité, tous se sont précipités pour

2.     Ibid.

3.     Ibid., p. 42.




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créer leurs propres sites.

Très tôt, les évangéliques ont massive-ment investi le cyber-espace, en y créant d’innombrables sites. Mark A. Kellner le confirme : « Le mouvement évangélique, au sein du christianisme protestant, se trouve au premier rang des utilisateurs les plus militants de l'Internet, à la fois pour atteindre ceux du dehors et pour l'édifica-tion. On le constate aussi en voyant les sites évangéliques si nombreux et variés sur la Toile, qui attendent votre visite »1. En effet, les évangéliques étaient parmi les premiers à reconnaître qu’Internet est le meilleur moyen pour porter la parole de Dieu au plus grand nombre. Billy Graham lui-même (qu'il faut mettre à part) est la première personnalité religieuse à avoir utilisé Internet, à l’occasion d’une confé-rence qu’il donna en 1993 sur le serveur

America on line2.

Pour conclure, on peut noter que dans ce foisonnement les dérives se multiplient
1.     Mark A. KELLNER, God on the Internet, Fos-ter City, IDC Books Worldwide, Inc., 1996, p .243.

2.     Ibid., p. 10.



sur Internet qui reste ouvert à tous les excès. En témoignent ces commentaires de Joshua Cooper Rama : « A la périphé-rie de la Toile mondiale, détachés de la religion majoritaire, des prêcheurs tapa-geurs et des théologies excentriques poussent comme des champignons »3. D’autre part, on peut à juste titre penser qu’Internet, tout comme la télévision, accentue l’individualisme et entraîne l’affaiblissement des relations sociales et de tout lien direct avec les institutions ecclésiastiques. Enfin on peut se deman-der si Internet va révolutionner la foi et les pratiques cultuelles. Le concept de Dieu, sera-t-il affecté par la cyber-culture ? Est-il correct de parler de cyber-spiritualité, de cyber-église ou de cyber-théologie ? Le développement d’Internet, conduira-t-il au renouveau du télévangélisme ? Autant de questions qui méritent réflexion, bien que pour le moment il soit impossible d’y répondre avec exactitude.

M.B.B.



3.    Joshua Cooper RAMA, op. cit., p. 48.